Richard Malka défend "Le droit d'emmerder Dieu"

Dans le cadre de cette conférence Richard Malka a présenté son livre « Le droit d’emmerder Dieu » traduit aux éditions Zorzal (El derecho a cagarse en Dios). Cet ouvrage reprend la plaidoirie de l'avocat lors du procès pour les attentats du 7 janvier 2015, lorsque les frères Kouachi ont fait irruption, armés de fusils d'assaut, au siège de "Charlie Hebdo". Il était accompagné de Leopoldo Kulesz (directeur des éditions Zorzal) et de l'écrivain et polémiste Juan Soto Ivars.

Pour Richard Malka la liberté d’expression c’est pouvoir dire ce qu’on veut, c’est le droit de caricaturer, le droit d’être irrévérencieux, c’est d’ailleurs le titre de l’un de ses ouvrages publié avec l’avocat Georges Kiejman “Éloge de l’irrévérence”. Il a d’abord fait l’apologie du droit de blasphémer : "Les blasphémateurs n'ont jamais tué personne ; au contraire, ce sont eux qui sont tués". Il a rappelé que le délit de blasphème n’est plus dans le code pénal depuis 1791 et qu’un siècle plus tard, en 1881, on passe à la grande loi sur la liberté de la presse “l’un des piliers de notre République”. Et de citer Georges Clémenceau (concernant l’offense à la religion) “Dieu se défendra lui-même, il n’a pas besoin pour cela de la Chambre des députés”.

Il s’est ensuite lancé, avec Juan Soto, dans un éloge de l'humour et de la satire, “éléments essentiels de tout système de libertés : la caricature est la gardienne de la liberté d'expression. Quand on rit de soi et qu'on fait rire les autres, la violence disparaît. Le rire est l'arme des pacifistes et c'est pourquoi les fanatiques le craignent tant”. Il a fait référence à Umberto Eco et “Le nom de la rose” pour rappeler également les heures sombres de la chrétienté et à quel point le rire peut mettre en péril un système de pensée, qu’il soit politique ou religieux.

Pour Malka, Soto Ivars et Kulesz la liberté d’expression “est un combat que nous pensions avoir gagné, au moins jusqu’au début des années 2000". Mais depuis, la situation s'est détériorée et les principaux ennemis de la liberté d'expression sont entre autres les citoyens. D'après Malka, “la montée du fanatisme a coïncidé avec une nouvelle sensibilité selon laquelle il ne faut pas offenser ou blesser. Une idéologie, qui naît avec de bonnes intentions, mais qui, en donnant à certains groupes la catégorie de victime, peut finir par justifier n'importe quelle barbarie".

Les trois intervenants ont imputé cette "nouvelle sensibilité" à la gauche dite culturelle ou identitaire, “la pire” dit Malka, "la gauche molle" selon Soto Ivars. Ils ont aussi accusé les réseaux sociaux d’être l'outil permettant de rétablir la censure : “Les médias sociaux, c'est la foule” a déclaré Malka. “La foule n'est pas la démocratie, elle est en train de détruire les fondations que nous avons mis des siècles à construire".

C’est ce que déclare également Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, dans une interview au Monde ce mois-ci, qui s’inquiète de la désinformation au sens large, une menace majeure pour la liberté de la presse dans le monde : « C’est l’industrie qui permet de produire la désinformation, de la distribuer ou de l’amplifier ». Il met en lumière “les effets fulgurants de l’industrie du simulacre dans l’écosystème numérique”, parle de « Productions manipulatoires à grande échelle » et fustige « les dirigeants de plates-formes numériques qui se moquent de distribuer de la propagande ou de fausses informations », et dont l’exemple type est « le propriétaire de Twitter, Elon Musk », également cité par Malka.

Pour conclure, l’avocat de Charlie Hebdo s'est décrit comme "un homme de gauche abandonné par la gauche". Il déplore une gauche qui a perdu son identité et ses valeurs comme la défense de la laïcité et la liberté d'expression, “ces valeurs qui ont fait la gauche sont abandonnées et cédées à la droite, voire à l'extrême droite, et cela peut très mal se terminer".